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Article publié par Clinique Vet-Saint-Nom. Ce contenu sur santé du chien est d’ordre informatif et ne remplace pas une consultation vétérinaire. En cas de doute, prenez rendez-vous à la clinique.

Santé du chien

Chien coprophage : que faire quand il mange ses crottes ?

17 juillet 2026·22 min de lecture

Chien qui mange ses crottes : que faire et quand s'inquiéter

Il vient d'avaler une crotte dans le jardin, et trente secondes plus tard il essaie de vous lécher le visage. Le dégoût vient en premier. Puis une pensée moins avouable : est-ce que je le nourris mal ? est-ce que je l'ai raté ? Voici le chiffre qui vous sort de là tout de suite : 16 % des chiens mangent des crottes régulièrement, et environ 23 % l'ont fait au moins une fois (Hart, 2018, environ 3 000 chiens). Vous n'êtes pas un cas isolé.

Cette page vous donne trois choses : ce que dit la seule enquête d'ampleur jamais menée sur la coprophagie, une grille pour savoir si votre chien est un cas banal ou s'il faut en parler, et le verdict chiffré sur les produits anti-coprophagie. Nous ne vendons ni croquettes, ni complément anti-coprophagie. C'est ce qui nous permet de vous dire ce qu'ils valent.

L'essentiel

  • 16 % des chiens mangent des crottes régulièrement, environ 23 % au moins une fois (Hart, 2018, environ 3 000 chiens). Ce n'est ni rare, ni un signe que vous avez mal fait.
  • Ce n'est presque jamais une carence. 82,3 % des coprophages et 78,3 % des non-coprophages étaient nourris aux croquettes : aucun lien avec l'alimentation.
  • Ce n'est pas un défaut d'éducation. 78 % des coprophages fréquents ont été faciles à éduquer à la propreté, contre 82 % des autres.
  • Les produits anti-coprophagie plafonnent à 2 % de réussite sur 11 produits testés. La méthode la moins mauvaise, récompenser le « laisse », atteint 4 %.
  • 🚩 Le seul vrai signal d'alerte : un chien qui maigrit malgré un bon appétit, avec des selles pâles, molles ou grasses, ou un adulte qui s'y met brutalement. Là, la coprophagie est un symptôme : contactez votre vétérinaire.
  • Le seul geste qui change quelque chose ce soir est gratuit : ramasser tout de suite, et rendre la litière du chat inaccessible.

Chien coprophage, que faire concrètement pour qu'il arrête ?

Pour qu'un chien arrête de manger ses crottes, une seule mesure a un effet qui ne dépend pas de lui : supprimer l'accès aux selles. Le reste se joue sur le renforcement positif, jamais sur la punition, et il n'y a rien à acheter.

  1. Ramassez les selles immédiatement, dans le jardin comme en balade, avant qu'il n'y revienne. C'est la seule mesure dont l'effet ne dépend pas du chien.
  2. Rendez la litière du chat inaccessible : litière couverte, pièce fermée avec chatière, ou litière en hauteur, et nettoyage plusieurs fois par jour.
  3. Apprenez-lui le « laisse » et récompensez-le dès qu'il détourne la tête. C'est la méthode qui obtient le meilleur score de l'étude, 4 %, loin devant tout le reste.
  4. Ne le grondez pas et ne courez pas vers lui : chasser le chien affiche 1 à 2 % de réussite et transforme la crotte en ressource à défendre.
  5. Passez la grille de tri plus bas. S'il maigrit malgré un bon appétit, si ses selles sont pâles ou grasses, ou s'il s'y est mis brutalement adulte, contactez votre vétérinaire : la coprophagie est alors un symptôme, pas le problème.

Une précision que vous ne lirez pas ailleurs : aucune de ces mesures n'a de taux de réussite mesuré. Elles ne figurent pas dans l'étude. Ce n'est pas de la donnée, c'est du bon sens vétérinaire, et nous préférons vous le dire que vous le maquiller en preuve. La seule chose que la donnée établit clairement, c'est que supprimer l'accès aux selles est la seule intervention dont l'effet ne dépend pas du chien.

Pourquoi un chien mange-t-il ses crottes ?

Contrairement à l'idée reçue, la coprophagie n'est presque jamais une carence alimentaire. C'est un comportement d'espèce, probablement hérité du loup qui nettoyait sa tanière : 16 % des chiens la pratiquent régulièrement, et 85 % d'entre eux ne mangent que des selles fraîches, de moins de deux jours. Elle ne devient suspecte qu'en cas d'amaigrissement ou de selles anormales.

L'explication la plus convaincante à ce jour est ancestrale. Le loup débarrassait la zone de couchage de ses selles avant qu'elles ne deviennent contaminantes pour le groupe. Le calendrier parasitaire colle : aucun de ces parasites n'est infestant avant au moins 2 jours, et certains mettent des semaines (2 à 9 jours pour les ankylostomes, 2 à 4 semaines pour les ascaris). Avaler les selles dans les premières 48 h neutralisait donc le risque avant qu'il n'existe. Ce n'est qu'une hypothèse, les auteurs eux-mêmes parlent de « paradoxe », mais elle a une preuve qui la soutient : 85 % des chiens coprophages ne touchent qu'aux selles fraîches (82 % dans leur première enquête).

Ce n'est pas un chien détraqué. C'est un chien qui fait le ménage. On lit aussi que les selles apporteraient des vitamines B ou des acides gras produits par la flore intestinale : c'est possible, aucune donnée solide ne le montre. Dernier cas de figure, celui de la chienne qui allaite : elle nettoie ses chiots les premières semaines, et c'est du normal absolu.

Coprophagie du chien : idée reçue contre ce que dit la donnée
Ce qu'on entendCe que dit la donnée (Hart, 2018)
« Il manque de vitamines ou de calcium »82,3 % des coprophages et 78,3 % des non-coprophages mangeaient des croquettes. Aucun écart.
« C'est un TOC, il est perturbé »Comportements compulsifs : 3,5 % chez les coprophages, 2,9 % chez les autres.
« C'est ma faute, j'ai raté sa propreté »78 % des coprophages ont été faciles à éduquer à la propreté, contre 82 % des autres.
« Ça passera avec l'âge »1,7 % des coprophages ont moins d'1 an, 75,1 % ont plus de 4 ans.
« Les produits anti-coprophagie marchent »0 à 2 % de réussite rapportée sur 11 produits commerciaux.

Est-ce que mon chien manque de vitamines ou de calcium ?

Non. C'est le mythe le plus répandu, et c'est celui qui tient le moins. Dans l'enquête, 82,3 % des mangeurs réguliers et 78,3 % des chiens qui n'y touchent jamais étaient nourris aux croquettes. Les auteurs concluent que l'alimentation ne semble pas liée à la coprophagie. Votre chien ne vous réclame pas un supplément : il fait quelque chose qui n'a rien à voir avec sa gamelle.

Il existe une exception, et elle est importante : quand une maladie digestive empêche le chien d'absorber ce qu'il mange, la carence est bien réelle. Mais dans ce cas précis, la coprophagie est un symptôme à diagnostiquer, pas un complément à acheter. C'est exactement ce que la grille ci-dessous sert à repérer.

Est-ce un trouble du comportement ou de l'anxiété ?

Pas davantage. Des comportements compulsifs ont été relevés chez 3,5 % des coprophages fréquents, contre 2,9 % des non-coprophages. L'écart n'existe pas. Ni le sexe ni la stérilisation ne changent quoi que ce soit non plus.

Un seul trait ressort vraiment : le chien glouton, décrit comme tel chez 51,1 % des coprophages contre 28,2 % des autres. Deux réserves à garder en tête : c'est une association, pas une cause, et « glouton » reste une étiquette de propriétaire, pas une mesure. Les foyers qui comptent plusieurs chiens présentent aussi un risque augmenté. Une curiosité pour finir : 41 % des Shetland de l'échantillon étaient coprophages contre 17 % dans les autres races, et aucun caniche ne l'était. Les effectifs par race sont trop faibles pour en faire une prédisposition établie.

Est-ce que c'est ma faute, est-ce que je l'ai mal éduqué ?

Non, et ce n'est pas une formule de politesse : c'est mesuré. 78 % des chiens coprophages fréquents avaient été faciles à éduquer à la propreté, contre 82 % des non-coprophages (74 % dans la seconde enquête). Aucun écart significatif. Les auteurs vont plus loin : les chiens coprophages ont une aversion parfaitement normale pour les selles, comme les autres. Ils font juste une exception que nous trouvons insupportable.

Vous n'avez rien raté. Votre chien trouve ça normal, et la donnée dit qu'il a des dégoûts ordinaires par ailleurs. L'image que donnent certains confrères est juste : pour un chien, c'est une friandise de grand luxe.

À retenir. Vous n'avez rien raté. 78 % des chiens qui mangent des crottes ont été faciles à éduquer à la propreté, contre 82 % des autres.

Mon chien mange des crottes, dois-je m'inquiéter ?

C'est la question qui compte, et personne ne prend le temps d'y répondre autrement qu'en empilant dix causes possibles. Voici une grille de tri en cinq questions.

Balayez les cinq questions dans l'ordre. Une seule réponse OUI aux questions 3, 4 ou 5 suffit à basculer en rouge, quelles que soient vos réponses aux deux premières. Les questions 1 et 2 ne servent qu'à qualifier un cas sans aucun signal d'alerte.

  1. Chiot ou adulte ? Purement informatif. Chiot n'est pas rassurant en soi, adulte n'est pas inquiétant en soi : 75,1 % des coprophages ont plus de 4 ans, seuls 1,7 % moins d'1 an.
  2. Selles fraîches (moins de 2 jours) ou vieilles crottes desséchées ? Fraîches, c'est le profil de 85 % des coprophages. Vieilles crottes ou terre : on passe en orange (manger de la terre est associé à la coprophagie, P = 0,0001).
  3. 🚩 Maigrit-il malgré un appétit normal ou augmenté ? Un OUI fait basculer en rouge.
  4. 🚩 Ses selles sont-elles molles, grasses, de couleur pâle, plus volumineuses ou plus fréquentes qu'avant ? Un OUI fait basculer en rouge.
  5. 🚩 Est-ce apparu brutalement chez un adulte qui ne le faisait pas, ou boit-il et urine-t-il beaucoup plus ? Un OUI fait basculer en rouge. Ce cinquième point n'est pas un seuil validé par une étude, c'est un principe de précaution : un comportement nouveau chez un adulte stable est un changement, et un changement s'explore.
Chien qui mange des crottes : dois-je m'inquiéter ?
SortieVotre chienCe que ça veut direCe que vous faites
🟢 Comportement banal Chiot ou adulte, selles fraîches, poids stable, selles normales, aucun signal d'alerte. Le profil de la grande majorité des chiens coprophages. Ni maladie, ni trouble psychologique, ni défaut d'éducation. Ramassez tout de suite. N'achetez rien. Signalez-le au prochain rappel de vaccination.
🟠 À mentionner Vieilles crottes desséchées, terre, ou coprophagie très intense sans aucun autre signe. Rien d'urgent, mais ce profil sort du schéma habituel. À signaler à votre vétérinaire lors de la prochaine visite, avec si possible une analyse de selles.
🔴 À faire vérifier Un seul OUI aux questions 3, 4 ou 5 : il maigrit malgré son appétit, ses selles sont molles, grasses ou pâles, ou il s'y est mis brutalement adulte. Ici, la coprophagie n'est probablement pas le problème : c'est le symptôme d'autre chose. Contactez votre vétérinaire. Une prise de sang (dosage TLI, à jeun 12 h) et une analyse de selles répondent à la question.

Cet arbre est un outil d'orientation. Il ne remplace pas un examen, il vous aide à savoir s'il faut en parler.

Quand la coprophagie est le symptôme d'une maladie

La cause qui justifie cette grille porte un nom peu connu des maîtres : l'insuffisance pancréatique exocrine, ou IPE. Le pancréas ne fabrique plus assez d'enzymes digestives. Le chien mange, parfois énormément, mais ne récupère presque rien de ce qu'il avale.

Le tableau est assez typique : une perte de poids malgré un appétit normal ou augmenté, une faim parfois extrême, des selles pâles et volumineuses, parfois grasses et luisantes, des borborygmes et des flatulences (Fregis). La coprophagie y est parfois rapportée, et elle est attribuée aux carences et au caractère appétant de selles chargées en graisses non digérées. C'est le seul contexte où le mot carence est légitime, et c'est une maladie, pas un sac de croquettes. Le Berger allemand et le Cavalier King Charles sont prédisposés, et les jeunes chiens sont préférentiellement atteints.

Ce diagnostic ne se devine pas : il se confirme obligatoirement par un dosage du TLI, une prise de sang à jeun 12 h, souvent complété par un dosage de la cobalamine (Royal Canin Vet Focus). Le traitement repose sur des extraits pancréatiques donnés à chaque repas. Un adulte qui s'y met brutalement, qui dévore, ou qui boit et urine plus, fait aussi évoquer d'autres pistes (Cushing, diabète, malabsorption). Dans tous ces cas, ce n'est pas un caprice : c'est un trouble digestif de fond qui mérite un bilan.

Les produits anti-coprophagie fonctionnent-ils vraiment ?

Si vous avez déjà acheté un de ces produits sans résultat, la suite va vous soulager : ce n'est pas vous.

Produits et méthodes anti-coprophagie : taux de réussite rapportés (Hart, 2018)
Ce qui a été testéNombre de chiensRéussite rapportée
For-Bid3521 %
Deter2381 %
Dis-Taste1541 %
Coproban582 %
Six autres produits (S.E.P., Stop, NaturVet, Nasty Habit, Potty Mouth, 21st Century)Non précisé0 %
Chasser le chien des selles1 0481 à 2 %
Poivrer les selles2951 à 2 %
Punition au collier électronique561 à 2 %
Récompenser le « laisse »4244 %

À retenir. 11 produits commerciaux testés. Aucun ne dépasse 2 %.

Une précision d'honnêteté, parce qu'elle change la portée de ces chiffres : ce sont des taux déclarés par les propriétaires, recueillis dans une enquête en ligne, pas des essais contrôlés randomisés. La formulation juste est donc celle-ci : dans la plus grande enquête disponible, quasiment aucun maître ne rapporte de succès. Ce n'est pas la même chose que « il est prouvé que rien ne marche », et nous n'écrirons pas la seconde phrase.

Ces produits ne sont pas malhonnêtes ; ils répondent à une demande réelle. Ils n'ont simplement pas de résultat mesuré. Les marques testées ici sont américaines, et les gammes vendues en France reposent sur les mêmes principes : enzymes, extraits de yucca, additifs censés rendre les selles répulsives. Aucun produit vendu en France n'a fait mieux, pour une raison simple : aucun n'a été testé du tout. Quant à savoir où mettre l'argent à la place : nulle part. Ramasser est gratuit.

L'ananas, la courgette ou le poivre, est-ce que ça marche ?

Le poivre a été mesuré : 1 à 2 % de réussite sur 295 chiens. L'ananas, lui, n'a jamais été testé dans une étude vétérinaire contrôlée. Le mécanisme qu'on lui prête, la bromélaïne qui rendrait les selles moins appétentes, est plausible et n'a jamais été démontré. Même chose pour la courgette : aucune donnée. Si vous avez essayé, vous n'avez rien fait de mal et vous n'avez pris aucun risque pour votre chien. Ce n'est pas dangereux, ce n'est simplement pas efficace.

Pourquoi mon chien mange les crottes du chat ?

C'est souvent le vrai motif de la recherche, et ce n'est pas tout à fait le même problème. Ce que la donnée établit : manger des crottes de chat est associé à la coprophagie (P = 0,001). L'explication qu'on lit partout, des selles de chat riches en protéines non digérées donc appétentes, est cohérente mais n'a jamais été testée. Ce qui est vérifiable, c'est que le chat est un carnivore strict dont les besoins protéiques dépassent nettement ceux du chien (recommandations FEDIAF) : son alimentation, et donc ses résidus, sont plus riches. Hypothèse crédible, pas fait établi.

La conclusion que tout le monde en tire ne suit pas pour autant. « Changez ses croquettes » ne règle rien : le lien alimentaire a été cherché chez le chien, et il n'a pas été trouvé. Ce qui marche ici est mécanique.

  • Litière couverte avec entrée en hauteur, ou pièce fermée avec une chatière que seul le chat franchit.
  • Barrière de porte à ouverture pour chat, ou litière surélevée sur une surface stable, accessible au chat et pas au chien.
  • Nettoyage plusieurs fois par jour. Bonus non négligeable : vider la litière tous les jours coupe aussi la sporulation des oocystes de toxoplasme, qui demande 1 à 5 jours.

Une contrainte réelle, à énoncer clairement : le chat a besoin d'un accès facile et sans stress. Une litière trop verrouillée finit par produire des accidents ailleurs dans la maison. Pour les crottes de cheval, de lapin ou des autres chiens croisés en balade, la logique est la même, avec une variable en moins : vous ne tenez que la laisse et votre attention.

Est-ce dangereux pour mon chien et pour ma famille ?

Il vous lèche le visage après. Voici ce que vous risquez, et ce que vous ne risquez pas.

Ce qu'un chien peut réellement attraper en mangeant des crottes
Ce qu'on peut attraperComment ça se transmetLe risque réel
Toxocara (vers ronds)Œufs présents dans les selles, infestants seulement après 2 à 4 semaines dans le milieu.Réel pour le chien et pour les jeunes enfants. Géré par la vermifugation et le lavage des mains.
GiardiaKystes infectants dès l'émission.Réel, et non couvert par le réflexe des selles fraîches.
ToxoplasmoseLe chien n'excrète pas d'oocystes ; il peut au pire en transporter.Faible et indirect. Géré par le lavage des mains et une litière vidée chaque jour.

Commençons par la peur la plus fréquente. Non, votre chien ne vous transmettra pas la toxoplasmose en vous léchant : seuls les félidés sont hôtes définitifs de Toxoplasma gondii (manuel vétérinaire MSD). Le chien est un hôte intermédiaire, il ne boucle pas le cycle et n'excrète pas d'oocystes. Autre élément rassurant : les oocystes émis par un chat sont non infectants à l'émission, ils doivent sporuler 1 à 5 jours à l'air libre (CDC). Un chien qui vide une litière fraîche avale des oocystes qui ne peuvent encore contaminer personne. Cela dit, ce n'est pas un risque zéro, et nous ne l'écrirons pas : un chien peut transporter mécaniquement des oocystes, dans ses selles ou sur son pelage après une roulade. Le message juste tient en une phrase : le chien ne fabrique pas de toxoplasme, il peut au pire en transporter. Lavage des mains et litière vidée quotidiennement suffisent à gérer ça.

Deuxième correction. On lit souvent que manger des crottes transmet le ténia. C'est faux pour Dipylidium caninum, le plus courant : son cycle passe obligatoirement par la puce. Le chien doit avaler une puce contenant la larve pour s'infester, et les œufs présents dans les selles ne contaminent pas directement un autre chien (manuel MSD ; Le Point Vétérinaire, juillet 2025).

Le vrai risque humain porte un autre nom : Toxocara canis. Un chien infesté pond des œufs dans ses selles un mois seulement après avoir avalé un œuf, et ces œufs restent viables plus de 2 ans dans l'environnement. Chez le jeune enfant, la toxocarose peut provoquer de graves lésions oculaires ou nerveuses (ESCCAP France). C'est pour cette raison, et pas par coquetterie, qu'on ramasse et qu'on se lave les mains. Ce qui se gère vraiment : ramasser les selles, se laver les mains après le jardin et avant les repas (les enfants surtout), vider la litière chaque jour, tenir la vermifugation à jour, et éviter le léchage du visage chez les jeunes enfants.

La règle des selles fraîches protège des vers, mais pas de Giardia

L'instinct de votre chien a une faille, et elle a un nom. Sa stratégie tient debout contre les vers : 85 % des coprophages ne touchent qu'aux selles fraîches, et aucun de ces parasites n'est infestant avant au moins 2 jours. Sauf que les kystes de Giardia duodenalis sont infectants immédiatement à l'émission, et survivent des semaines en milieu humide (ESCCAP). Le réflexe hérité du loup est complètement aveugle face à eux. On ne peut donc pas écrire que manger des selles fraîches est sans risque. La giardiose se reconnaît surtout à des selles molles qui traînent chez un chien par ailleurs en pleine forme : nous détaillons ce tableau et sa prise en charge dans cet article où la giardiose se traduit surtout par des selles molles qui traînent.

À retenir. Manger des selles fraîches protège des vers. Pas de Giardia. On ne peut donc pas écrire que c'est sans risque.

Faut-il le vermifuger plus souvent ?

Une précision d'abord, parce que beaucoup de pages laissent croire le contraire : il n'existe pas de recommandation officielle qui nomme le « chien coprophage » comme une catégorie à fréquence dédiée. Nous ne prêterons pas à ESCCAP France une consigne qu'elle ne formule pas.

Ce qui existe, c'est un socle : « une vermifugation tous les trois mois est un minimum ». Et en cas de risque accru, notamment lorsque de jeunes enfants ou des personnes vulnérables vivent au foyer, « une vermifugation une fois par mois est le seul moyen de réduire réellement les risques » (ESCCAP France). Le raisonnement qui suit est un raisonnement, pas une règle : un chien coprophage cumule les facteurs de risque (ingestion fécale directe, accès libre à l'extérieur, souvent un foyer multi-animaux), ce qui le place plutôt dans le profil à risque accru. Reste à le cadrer avec votre vétérinaire, seul habilité à prescrire. ESCCAP France publie d'ailleurs des guides de vermifugation individuelle par profil, bien plus utiles qu'un « 4 fois par an » générique : nous expliquons ici comment caler son protocole de vermifugation sur son mode de vie.

Faut-il gronder un chien qui mange ses crottes ?

Non, et ce n'est pas une question de morale : c'est une question de résultat. Punition au collier électronique, 1 à 2 % (56 chiens). Chasser le chien des selles, 1 à 2 % (1 048 chiens, le plus gros effectif de l'étude). La seule méthode qui sort un peu du lot est positive : récompenser le « laisse », 4 % (424 chiens).

Le mécanisme de la course-poursuite, lui, s'explique bien : courir vers un chien qui tient une crotte transforme la crotte en ressource à défendre, et accélère l'ingestion au lieu de l'empêcher. Vous obtenez l'inverse de ce que vous vouliez, et vous abîmez la relation au passage. Ce qu'on fait à la place figure au premier point de cette page : le « laisse » récompensé, en séances courtes, en commençant à l'intérieur au calme.

Mon chiot mange ses crottes, est-ce que ça passera en grandissant ?

C'est la phrase qu'on lit partout, et c'est celle qui a le moins de sources. Le fameux « jusqu'à 6 mois c'est normal, après c'est un trouble » n'a aucune source primaire. Nous ne le reprendrons pas par mimétisme.

Ce que dit la seule donnée disponible va dans l'autre sens : 1,7 % des coprophages fréquents ont moins d'1 an, et 75,1 % ont plus de 4 ans (contre 3,2 % et 69,7 % chez les non-coprophages). Les auteurs en concluent que la coprophagie ne semble pas être un reliquat de comportement juvénile. Prudence quand même : ces données sont transversales, l'étude ne suit pas les mêmes chiens dans le temps. On peut donc dire que rien n'indique que ça passe tout seul, pas que c'est prouvé que ça ne passe jamais.

Ce qui reste vrai chez le chiot : explorer avec la gueule fait partie du développement, et un chiot qui imite sa mère nettoyant la portée n'a rien d'anormal. Chiot ou adulte, la conduite à tenir ne change pas.

À retenir. Rien n'indique que ça passe tout seul. Le « jusqu'à 6 mois c'est normal » qu'on lit partout n'a aucune source.

Coprophagie ou pica, comment faire la différence ?

Une crotte n'est pas un caillou : c'est organique, appétent, et ça contient des nutriments. La coprophagie n'est donc pas un pica. Le pica désigne l'ingestion de substances non nutritives et inertes (cailloux, tissus, plastique), avec un risque mécanique et une logique complètement différente. Repère pratique : s'il n'avale que des crottes, restez sur cette page ; s'il avale aussi cailloux, tissus et objets, c'est un autre problème.

Vos questions sur le chien qui mange ses crottes

Mon chien mange ses crottes et vomit après, pourquoi ?

Avaler vite et beaucoup fait souvent vomir, quel que soit ce qui est avalé. Le chien glouton est justement le profil qui ressort de l'étude (51,1 % contre 28,2 %). Un vomissement isolé après une ingestion rapide est banal. Des vomissements répétés, ou accompagnés d'abattement ou de perte de poids, ne relèvent plus de cette page : contactez votre vétérinaire.

Pourquoi mon chien mange les crottes des autres chiens en promenade ?

Même mécanisme, avec une variable en moins : vous ne contrôlez pas le terrain. Les foyers multi-chiens présentent d'ailleurs un risque augmenté (Hart, 2018). Les selles fraîches d'un chien inconnu sont le vrai sujet parasitaire : vermifugation à jour, et analyse de selles en cas de doute. La laisse et l'anticipation restent vos seuls leviers.

Existe-t-il des races plus concernées ?

41 % des Shetland de l'échantillon étaient coprophages, contre 17 % dans les autres races, et aucun caniche ne l'était. À prendre comme une curiosité : les effectifs par race sont faibles, ce n'est pas une prédisposition établie. Ni le sexe ni la stérilisation ne changent quoi que ce soit. Le seul trait qui ressort vraiment est le chien glouton.

Faut-il changer ses croquettes s'il mange ses crottes ?

Non, sauf si votre vétérinaire l'a recommandé pour une autre raison. C'est le conseil le plus donné et le moins étayé : 82,3 % des coprophages contre 78,3 % des autres étaient nourris aux croquettes, et les auteurs concluent que l'alimentation ne semble pas liée. Le seul cas où l'alimentation entre en jeu est une maladie digestive sous-jacente, et là c'est un diagnostic, pas un changement de marque.

Mon chien m'a léché le visage après avoir mangé une crotte, que faire ?

Rien de spectaculaire : lavez-vous le visage et les mains à l'eau et au savon, et respirez. Votre chien ne peut pas vous transmettre la toxoplasmose, seuls les chats sont hôtes définitifs (manuel vétérinaire MSD). Le risque réel est faible et concerne surtout les vers intestinaux, ce qui se gère par une vermifugation à jour et le lavage des mains, chez les jeunes enfants en particulier.

Une coproscopie est-elle utile s'il mange des crottes ?

Souvent oui, et c'est bien plus utile qu'un complément. Une analyse de selles cherche les œufs de vers et les kystes de Giardia, ce que le ramassage ne vous dira jamais. Elle est particulièrement indiquée s'il mange les crottes d'autres chiens, s'il a des selles molles qui traînent, ou si de jeunes enfants vivent au foyer. C'est votre vétérinaire qui la prescrit et l'interprète.

Ce n'est pas votre faute, ce n'est pas une carence, ce n'est pas une urgence. Retenez le chiffre : 16 % des chiens le font, et ils ont les mêmes dégoûts que les autres. Retenez le geste : ramasser tout de suite, ce soir, sans rien acheter. Et retenez le seul cas qui change tout : s'il maigrit malgré son appétit, si ses selles sont pâles ou grasses, ou s'il s'y est mis d'un coup à l'âge adulte, contactez votre vétérinaire, parce que la coprophagie n'est alors qu'un symptôme.

Nous ne vous vendons pas le douzième produit. Nous vous disons ce que valent les onze premiers.

Sources

  • Hart et coll., Veterinary Medicine and Science, 2018 (« The paradox of canine conspecific coprophagy », deux enquêtes auprès de 1 552 et 1 475 propriétaires).
  • Manuel vétérinaire MSD (toxoplasmose chez l'animal ; infection par Dipylidium caninum).
  • Le Point Vétérinaire n° 467, juillet 2025 (Dipylidium caninum, cycle et importance médicale).
  • Fregis (insuffisance pancréatique exocrine chez le chien).
  • Royal Canin Vet Focus (IPE, dosage de la cobalamine).
  • ESCCAP France (recommandations de vermifugation et guides individuels ; giardiose du chien et du chat ; ankylostomes).
  • CDC DPDx (toxoplasmose et sporulation des oocystes ; toxocarose).
  • FEDIAF, recommandations nutritionnelles (besoins protéiques du chat).

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation.

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